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Analyse Macroéconomique – Economie et taux

Rotations, attention vertige !

Septembre 2013

 

federal-reserve-bank– L’économie mondiale tourne dans tous les sens. Rotation est le maître-mot du moment. On observe une rotation géographique de la croissance. Le monde développé affiche depuis peu un surcroît de dynamisme tandis que le monde émergent ralentit. On attend une rotation monétaire aux Etats-Unis. La Fed s’apprête à négocier un virage délicat qui aboutira à stopper ses achats d’actifs. elle a rendu de ce fait leur autonomie aux taux d’intérêt à long terme. Leur remontée spectaculaire depuis le printemps alimente une rotation financière entre marchés et entre classes d’actifs. Cette hausse des taux ne traduit ni crainte inflationniste, ni risque d’insolvabilité. Elle corrige une anomalie.

– Au deuxième trimestre de 2013, la croissance du PIB mondial s’est établie à 3,4% l’an, contre 2,4% au premier. ce sursaut est dû avant tout aux pays développés, et en particulier à la zone euro qui a vu son activité rebondir après un an et demi de contraction. Le climat des affaires a poursuivi son redressement durant l’été aux Etats-Unis, au Japon, en Europe, laissant espérer que le second semestre sera plus robuste que le premier, même si se profilent à l’horizon divers obstacles : le risque géopolitique/pétrolier (guerre civile en Syrie, au coeur du Moyen-Orient), le retour du pathétique débat budgétaire américain, le fragilité de nombreux pays émergents.

– Mais ces facteur d’incertitude font pâle figure à côté de la grande question qui est de savoir ce que la situation économique une fois que la Fed aura stoppé ses achats d’actifs. Cette politique monétaire non-conventionnelle aura été emblématique du caractère anormal ou atypique de la reprise qui a suivi la crise financière de 2008. la détente quantitative a ainsi plusieurs fois servi de béquille aux marchés financiers et, indirectement, à l’économie réelle. Que la banque centrale juge utile d’y mettre un terme d’ici peu témoigne des progrès accomplis sur le marché du travail, dans le secteur immobilier et en matière de crédit bancaire. Dans un contexte de faible inflation anticipée, la politique de taux zéro a toute raison d’être prolongée au moins pendant une année. Les Etats-Unis, dans leur cinquième année de croissance, abordent donc un milieu de cycle avec des conditions de financement favorables.

– De son côté, la zone euro n’est qu’à l’orée d’un phase de reprise. Ses fragilités restent nombreuses, son endettement n’est pas encore stabilisé. Mais trois forces favorables sont à l’oeuvre. Premièrement, la stabilité financière est rétablie si bien que la fragmentation des conditions de crédit entre coeur et périphérie commence timidement à se corriger. Deuxièmement, une certaine dose de flexibilité a été introduite depuis cette année dans la conduite de la politique budgétaire, desserrant le carcan qui étouffait la demande et conduisait à une spirale déflationniste. Enfin, des ajustements structurels d’envergure ont été réalisés dans les pays en crise pour réduire les déficits publics, résorber les déficits extérieurs et assainir les systèmes bancaires. A court terme, il importe que la BCE se désolidarise au maximum des orientations prises par la Fed car il n’est pas encore temps, dans la zone euro, de normaliser la politique monétaire. A moyen terme, se pose le défit de l’Union Bancaire, le seul projet réaliste pour relancer la dynamique d’intégration en des pays partageant la même monnaie mais ayant des performances si disparates.

– En France, le choc fiscal n’a pas tout à fait mis KO l’économie, mais les ménages et les entreprises sont encore groggy. L’emploi se contracte, sauf la partie qui est subventionnée par l’Etat. il en va de même pour l’investissement. Le discours officiel est réformiste, mais au stade de la mise en oeuvre, il n’y a que peu d’actions concrètes susceptibles d’enrayer le lent déclin économique.

Bruno Cavalier
Chef économiste ODDO & Cie
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